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4.3.2.1
A lire!

4.3.2.1

Victor Frances

4.3.2.1, de Paul Auster, c’est l’histoire d’Archibald Ferguson, mais aussi le récit de la vie
d’Archibald Ferguson, celui aussi d’Archibald Ferguson et également d’Archibald Ferguson.
4 versions de vie de la même personne, Archie, né dans le New-York des années cinquante, de
parents juifs dans la communauté juive ukrainienne de Newark. C’est le roman du « et si » ? La
question que tout le monde se pose, s’est posée : « et si je n’étais pas allé au bar ce soir-là. Et
si j’avais traversé la rue une heure plus tard. Et si personne ne m’avait dit qu’écrire était
possible. Et si je ne l’avais jamais embrassée ?


Le roman est divisé en 7 parties, que sont les 7 périodes de la vie de Ferguson. Chacune de
ces parties est divisée en chapitres qui déroulent les 4 versions du même.
Les personnages qui entourent et accompagnent Archie tout au long de sa vie sont les mêmes
mais n’ont pas la même importance, le même rôle. D’une version à l’autre certains passent de
figurants à pivots narratifs, de simples passants à piliers de vie de Ferguson. Amy, juste
camarade de fac sur laquelle Archie ne cesse de fantasmer, passe dans une autre version à
femme de sa vie, puis dans une autre à BFF puisqu’il est homo.


L’écriture inscrit le personnage, dans quelque version que ce soit, dans l’Histoire : Guerre du
Viet-Nam, assassinat de Kennedy, le Black Panther, la première déambulation sur la Lune la
déferlante hippie, etc. Et chacun de ces événements a un impact différent sur la vie du héros.
 

Dans ce roman labyrinthique qui questionne l’écriture elle-même par une mise en abyme
vertigineuse puisque dans deux versions Ferguson se veut écrivain, Auster impose l’évidence
de la contingence. Il confirme que le hasard n’est rien d’autre qu’une suite de causes qu’on
ignore et que la liberté n’existe pas, le libre-arbitre n’a aucun lieu d’être ni d’être pensé. Il
dynamite la notion de cohérence existentielle, répond par l’affirmative à l’absurde camusien. Et
tout ça est inscrit dans une Amérique qu’il nous donne à sentir, à toucher, à goûter. C’est une
jubilation de se balader dans ce New-York des années 50/60/70. 

Tout y est : les matchs de base-ball, les pin-up, Elvis, les diners ouverts toute la nuit (on est dans les tableaux de Hopper),
Marylin Monroe, les cinémas d’Est-Village, les bars de Brooklyn, la grosse télé noir/blanc, puis
la télé en couleur, puis Jefferson Airplanes, Hendrix. Je crois qu’avec ce roman Auster a voulu
nous offrir sa ville. Mais en grand francophile, il nous fait aussi la peinture de Paris, grâce à
Ferguson étudiant en littérature française à la Sorbonne. Que ce soit pour New-York ou Paris,
Auster joue divinement bien avec le beau cliché, celui qui est essence, âme d’un lieu. Et c’est
jouissif de passer de l’argot du chauffeur black de taxi jaune, du campus de Princeton avec les
étudiantes en mini-jupes plissées draguées par les gros bras en bombers colorés, à la baguette
au beurre et au café crème sur la place St Sulpice, avec sur le marbre de la table ronde le tout
dernier essai de R. Barthes. De la Chevrolet Buick Century à la 2CV.


C’est un pavé, plus de 1000 pages en grand format, donc peut-être 1300 en folio. Mais
consacrer quelques mois à cette lecture, et bah forcément je ne peux que dire : allez-y !