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Thierry Metz ou la poésie façon kintsugi.
Nos coups de coeur

Thierry Metz ou la poésie façon kintsugi.

Victor Francès

Lettres à la bien-aimée, Thierry Metz

 

Thierry Metz, tour à tour manœuvre, chômeur, maçon, chômeur, ouvrier agricole, en deuil, chômeur hospitalisé, échappe à toute mode, pas de phrases nominales à la mords-moi-le-nœud façon Christian Bobin, ce ravi de la crèche parti bien trop tard. Les poèmes lapidaires de Metz semblent toujours fomenter autre chose. Chaque poème est à-venir. La poésie de Thierry Metz est enceinte.

« Je t’écris d’un ailleurs où il n’y a pas d’ailleurs […] La voix ici ne se retourne pas, ne revient qu’avec des silences. Ou avec le pire». Les mots de Thierry Metz ne veulent pas faire beau, la fleur ne veut pas être belle. On lit ces textes avec stupéfaction parce qu’ils s’imposent dans la légèreté de leur certitude. Ils y vont les poèmes de Metz, me demandez pas où, mais ils y vont et nous laissent seuls devant la page, « Tu es là depuis l’origine... ». Quand je lis Metz en salopette bleue, je vois les choses dites, s’enfuir après avoir déposé en moi un sourire ou un pleur.

Metz essore les pages de ses propres mots pour qu’on puisse y réécrire notre vie, il nous laisse la place, on y entre volontiers mais la maison est vide : « sans qu’on s’en aperçoive, tu vas de la cuisine au monde ». Un lieu commun fait penser que tout artiste a pour moteur l’urgence, il semble que pour Metz, l’urgence soit passée et qu’il ait écrit sous le coup d’une neige qui s’est doucement déposée en lui. Ses poèmes sont des pas dans la neige, sous la neige, qu’il est inutile de suivre parce que notre propre neige les recouvre. Le poète nous invite à ne pas méditer mais à faire : « j’ai vidé la page pour que tu puisses entrer. »

Pour qui voudrait entrer dans la lecture de la poésie, toujours un peu effrayante quand on ne connaît pas ce truc bizarre, je ne peux que recommander ce recueil : Lettres à la bien-aimée, c’est exigeant sans être aride, intelligent sans être intello, doux sans verser dans l’écoeurement liquoreux de Bobin, éblouissant sans fioriture. Une voix aussi timide et fêlée qu’assurée et j’en foutiste.

L’alcool, la mort de son fils, la neurasthénie ont eu raison de ce grand gaillard kaux mains calleuses, suicidé en 1997.